En savoir plus

Tout au long de ce journal, je me suis permise de faire de nombreux clins d'oeil. La majorité d'entre eux fait référence à la mythologie. Mais vous trouverez aussi des références littéraires.


Maître Avari : les Avari sont des elfes dans l’univers de Tolkien

La fontaine de Dana dans le jardin des voyageurs : Dana est la déesse slave de l’eau, elle donne de l’eau aux voyageurs fatigués.

La déesse Jiva (chez les guérisseuses) : Jiva est la déesse slave de la vie, du printemps et de la naissance. Elle est la personnalisation de la force vitale. On la représente avec une pomme dans la main droite et une grappe de raisins dans la main gauche.

Le roi Juok, premier roi du Royaume des Trois Vallées : Juok est le dieu-créature des chillouks, groupe ethnique du Soudan.

La ville de Tlaloc : Tlaloc est le dieu aztèque de la montagne, de la pluie, du tonnerre, des sources et de la fertilité. Il appréciait les sacrifices d’enfants. Des divinités secondaires étaient sous ses ordres et vivaient au sommet des montagnes.

L’auberge de celui qui est né deux fois : Le nom du dieu Dionysos (dieu grec du vin et de l’ivresse) signifie celui qui est né deux fois, car Zeus l’a arraché du ventre de sa mère pour le cacher dans sa cuisse.

Qui ?

A la base ce bog est une initiative personnelle. Mais je me suis adjoint l'aide de deux dessinateurs pour rendre l'ensemble plus vivant !

Tiphanya : c'est moi, l'écrivain

Kajika et Millichan : mes deux précieux dessinateurs

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4e partie

Vendredi 20 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 19e jour

 

Ce matin je n’ai plus besoin de l’aide de Tinan pour écrire. Dans une heure environ, nous prendrons le chemin du retour. Hier j’ai passé la journée à dormir.

Mon bras va beaucoup mieux grâce à une lotion de Maître Avari. Lui-même va bien, il n’a eu que des égratignures. Ulrich aussi va bien. Il a eu une partie du bras et du torse de brûler.

Quelle aventure ! La vie va être bien différente maintenant que j’ai rencontré un dragon. Et dire que je ne dois en parler à personne… quel dommage !

 

Je voudrais juste revenir sur un détail. J’ai récupéré ma dague dans le cœur du dragon. Elle y était plantée jusqu’à la garde et j’ai eu du mal à la sortir. C’est bizarre, mais plus j’y pense et plus j’ai l’impression que la dague a agit seule.

Elle n’a peut-être aucun pouvoir magique, mais j’ai de plus en plus de mal à le croire.

 

Par Tiphanya
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Samedi 21 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 18e jour un peu plus tard

 

Me revoilà, mais toujours grâce à Tinan. Il s’occupe de moi comme une mère.

 

J’en étais où… ah oui, lorsque mon maître m’a demandé de me concentrer.

J’ai dû lui obéir et tenter de faire quelque chose. Après tout nous étions venu pour ça.

Ça me semblait perdu d’avance. J’ai essayé de chasser la peur qui m’habitait et de me détendre. Avant tout je devais me calmer.

J’ai pris une position un peu plus confortable. Ulrich a posé une main sur mon épaule pour m’encourager. Maître Avari me faisait face. L’animal avait les yeux fermés et faisait face au soleil.

J’ai tenté de pénétrer son esprit. Je ne savais pas trop pourquoi. J’obéissais aveuglement.

Le dragon a senti mon intrusion. Il a ouvert les yeux. Il s’est redressé sur ses pattes arrière. Ses ailes remuaient doucement. Il reniflait l’air à notre recherche. Il a craché un peu de feu et j’ai perdu le lien entre nous.

Mon maître m’a ordonné de l’immobiliser et d’entrer ensuite dans son esprit. « Nous devons savoir qui il est avant de le tuer ».

 

Ensuite tout s’est passé très vite. J’ai répété deux ou trois fois la formule avant de le figer comme une statue. Puis je me suis levée pour me tenir face à lui. Et je suis entrée dans son esprit.

Il était perdu, déstabilisé par ma présence. Son esprit était confus, brouillon. Il voulait savoir pourquoi j’étais là, qui j’étais. Je lui ai demandé pourquoi il tue nos gardes et les habitants des environs.

Il m’a dit s’être réveillé un jour, seul dans cette caverne.

Dans les environs il n’y a rien à manger, aucun animal, aucune plante. Il attaque les hommes pour se nourrir et pour protéger son territoire.

 

Sa réponse m’a légèrement surprise et j’ai lâché ma concentration. Le dragon en a profité et j’ai senti une brûlure intense dans mon bras gauche. Maître Avari et Ulrich sont sortis de leur cachette. Il y eu des cris et des coups d’épée.  J’étais tombée sous le choc du jet de feu en ma direction. J’assistais à la scène sans rien pouvoir faire. Il y avait beaucoup de sang et des flammes. Le dragon se défendait à l’aide de sa queue, longue et très lourde.

Puis le silence ! Soudain et total !

 

Mon maître était debout face au dragon. Les vêtements déchirés et les cheveux brûlés en grande partie.

Ulrich se tenait à l’entrée de la caverne appuyé dos au mur. Il ne semblait pas blessé. Il tenait encore son épée à la main.

Le dragon, entre eux, avait perdu un œil.

 

J’ai tenté à nouveau de l’immobiliser, mais j’avais perdu trop de force. Je suis entrée dans son esprit. Je lui ai promis la mort s’il ne cessait pas de tuer les gardes. Je lui ai ordonné de partir. Je ne sais plus les mots exacts utilisés, mais le sens y est.

L’animal a brisé le silence en crachant une longue flamme de feu en direction du ciel. Puis d’un saut il s’est retrouvé au dessus de la caverne. Mon esprit était toujours fixé dans le sien. J’ai compris qu’il n’avait pas l’intention de quitter son territoire.

Il s’est tourné en direction de Maître Avari. Une langue de feu est passée juste à côté de lui. J’ai commencé à fouiller le sol avec mes mains sans le quitter des yeux. Je cherchais quelque chose pour attirer son attention.

Finalement ma main s’est arrêtée sur la dague d’Ulrich. Je l’avais complètement oubliée. Je l’ai sortie de son fourreau instinctivement.

Le dragon s’acharnait sur mon Maître. Et celui-ci avait de plus en plus de mal à se cacher des flammes. J’étais beaucoup trop loin de l’un et de l’autre pour intervenir.

 

Sans savoir ce que je faisais, j’ai dirigé ma dague vers le cœur de l’animal. J’ai eu l’impression que celle-ci savait mieux que moi ce qu’il fallait faire.

J’ai totalement arrêté de me concentrer sur le dragon. J’ai fixé mes dernières forces sur mon arme. Celle-ci a commencé à léviter à côté de moi. Elle s’est élevée tout doucement à la hauteur du dragon.

Il était toujours au dessus de nous.

Ulrich tentait de se rapprocher de lui en escaladant le promontoire.

Et brusquement la dague est partie se planter dans le cœur du dragon.

Elle s’est déplacée plus rapidement qu’une flèche. Elle a eu la puissance nécessaire pour transpercer sa peau rugueuse.

De surprise, celui-ci a craché une dernière flamme de feu. Il a chancelé et a basculé en avant. Il s’est écrasé à l’entrée de la caverne. Sa queue est passée juste à côté d’Ulrich qui a perdu l’équilibre. Il y eu un dernier mouvement d’ailes, puis plus rien. Juste beaucoup de poussières.

 

Ensuite, c’est un peu confus. Je me souviens que nous sommes entrés dans la caverne. Enfin je dis nous mais je ne suis pas sûre que Maître Avari était là. Il y avait le corps d’un jeune homme, ou plutôt le haut de son corps. A coté, un autre garçon se tenait prostré contre le mur. Il ne nous entendait pas. Son âme semblait avoir quitter son corps.

Mon Maître a fait des prélèvements sur l’animal. Je ne sais pas trop ce qu’il a pris. Mais malgré ses blessures, il a tenu à faire le chemin retour avec son sac à dos rempli.

 

Nous sommes redescendus tout doucement, nous soutenant mutuellement.

Tinan nous attendait avec les chevaux à la sortie des Montagnes Mortes. Il avait deviné que nous aurions probablement besoin d’aide au retour.

Pour la suite, je me suis laissée faire comme une marionnette. Je me suis simplement réveillée ce matin dans mon lit.

Par Tiphanya
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Dimanche 22 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 18e jour


Tinan rédige pour moi ces quelques lignes. Je suis tellement épuisée et j’ai plusieurs brûlures… il a accepté d’écrire sous ma dictée.

Je suis vivante, Ulrich et Maître Avari aussi, c’est le principal. Nous avons retrouvé l’un des jeunes garçons disparus, gravement blessé. Et le dragon ne tuera plus jamais personne.

 

Le début de la journée s’est passé comme la veille : marche silencieuse puis veille à l’entrée de la caverne. Cette fois-ci l’attente a été très courte. Au début la caverne semblait être déserte. Mais après quelques minutes nous avons entendu un cri horrible.

Jamais je n’oublierai. Un cri fort et très court. Tout de suite après il y eu un autre cri, différent, comme quelqu’un qui pleure et crie en même temps. J’étais complètement figée, je ne savais vraiment pas ce que je faisais là. Mon maître n’a pas bougé. J’ai senti Ulrich frémir à côté de moi.

Puis le dragon est sorti.

Nous l’avons vu pour la première fois.

Il était immense.

C’est le premier mot qui me vient à l’esprit, il était immense, comme une colline. Je me suis même demandée comment il faisait pour entrer dans la caverne. Il devait faire 5 mètres, peut-être un peu plus, je ne sais pas.

Lorsqu’il s’est avancé, je me suis complètement recroquevillée, j’aurais aimé être loin, au chaud dans mon château.

Maître Avari m’a fait signe. D’abord je l’ai ignoré, mais il m’a attrapée par le coude. Je l’ai regardé et je pense que ma peur se lisait sur mon visage. Il a semblé ne pas s’en rendre compte. Il m’a demandé de me concentrer, de me détendre. Ces mots me semblaient complètement fou, je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il voulait.

 

Je commence à fatiguer. Je terminerai plus tard.

Par Tiphanya
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Lundi 23 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 17e jour, fin de matinée

 

Je profite d’une courte halte pour ajouter quelques informations.

 

Avant de partir, nous avons pris un petit déjeuner complet à l’auberge. L’aubergiste était là et il nous a raconté les dernières nouvelles. Trois jeunes garçons ont disparu dans les montagnes. Ils sont partis pour chasser le diable, comme les habitants appellent notre dragon. Ils n’ont prévenu personne en dehors de la petite sœur de l’en d’entre eux. Elle devait garder le secret, mais ses parents ont réussi à la faire parler. L’aubergiste estime les morts à 17 parmi les villageois, 35 parmi les gardes et beaucoup de demi-hommes. Ces chiffres sont impressionnants.

J’espère ne pas faire grossir ses estimations !

Par Tiphanya
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Mardi 24 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 17e jour

 

Il est tôt et je préfère raconter ma journée d’hier avant d’aller prendre mon petit déjeuner.

 

En milieu d’après-midi nous avons trouvé ce qui semble être la caverne du dragon. En fait ce n’était pas une recherche bien difficile, nous suivions les traces de brûlures. Et celles-ci étaient nombreuses.

La caverne était déserte, du moins, ce qu’on pouvait en voir, car nous n’avons pas essayé d’entrer. Les abords étaient noirs de suie et nous avons trouvé des restes d’os. Peut-être des restes humains ? J’ai eu des frissons en passant à côté.

 

En fait nous espérions apercevoir le dragon, pour être sûr de l’animal que nous avions à affronter et peut-être pour trouver l’inspiration… Nous avons passé la journée, caché derrière des rochers à attendre. J’avais faim et rapidement j’ai commencé à avoir des fourmillements dans les jambes. Il faisait aussi très froid. Pourtant de la vapeur sortait de l’entrée de la caverne. Par moment j’avais envie de courir et de me mettre à sauter sur place pour me réchauffer. Et la vapeur, probablement due à une source d’eau chaude souterraine, m’attirait énormément.

 

Finalement une heure avant le coucher du soleil, Maître Avari a donné l’ordre de redescendre vers l’auberge. Je n’en pouvais plus et j’ai vraiment été contente de me remettre en mouvement. Sur le chemin du retour, mon maître nous a expliqué le programme du lendemain, c'est-à-dire d’aujourd’hui.

Nous allions revenir bien sûr, en essayant de partir plus tôt. Et cette fois-ci nous devions prendre avec nous des couvertures et un peu plus de nourriture. Nous resterions sur place jusqu’à ce que nous puissions vois le dragon. Ensuite, nous improviserions.

Au moment d’aller me coucher, mon maître a tenu à me parler en privée.

 

« Il se peut que demain nous nous retrouvions face à l’animal. Tu es la seule d’entre nous à pourvoir l’affronter. Je veux qu’avant de te coucher tu libères au maximum ton esprit. Essaye de rester calme, de ne penser à rien. Car ce n’est pas avec une épée que tu pourras vaincre, mais uniquement avec ta magie et ton esprit. N’essaye pas de t’entraîner, tu risquerais de perdre des forces. Repose toi, détends toi et dors ! »

 

Voici ce qui m’attend aujourd’hui. Je ne pensais pas venir pour ça, je ne sais plus trop pourquoi je suis venue…

Je suis heureuse d’avoir Ulrich et Tinan avec moi. Enfin surtout Ulrich, car même s’il ne voit pas ce qu’il se passe, j’ai l’impression qu’il me comprend. Je me fais peut-être des idées, après tout je ne suis qu’une enfant pour lui.

Par Tiphanya
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Mercredi 25 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 16e jour

 

Deuxième nuit à l’auberge. Cette fois-ci j’étais tellement fatiguée, que le bruit ne m’a pas empêchée de m’endormir aussitôt.

Nous venons juste de terminer le déjeuner et nous sommes déjà dans les Montagnes Mortes. Nous nous sommes levés tôt pour prendre le petit-déjeuner avant les autres clients de l’auberge et pouvoir sortir discrètement. Encore une fois, Tinan est resté dernière nous pour surveiller nos affaires et les chevaux.

Cette fois-ci Maître Avari nous a guidé prestement vers le lieu où Ulrich perdit la vue. Nous nous sommes installés juste à côté pour déjeuner d’un repas froid. Nous avons bien pris soin de nous dissimuler en cas d’une visite impromptue du dragon.

Le programme de cette après-midi est très simple : trouver la cachette de l’animal sans se faire surprendre, bien entendu !

Par contre Maître Avari est resté très flou sur la suite des évènements. Que se passera-t-il si le dragon est là ? Et nous n’avons aucune certitude qu’il sera seul. Et s’il n’est pas là ? Resterons nous sur place pour guetter son retour ?

Je me pose beaucoup de questions et je crois ne pas être la seule. Depuis que nous sommes partis ce matin, aucun d’entre nous n’a dit un mot. Nous sommes tous les trois tendu, enfin, j’en ai l’impression. Et en même temps je crois que mon maître est impatient de voir la bête, d’avoir la preuve que toutes ses recherches ne sont pas que pure fantaisie.

Nous nous apprêtons à partir. Je continuerai d’écrire plus tard.

Par Tiphanya
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Jeudi 26 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 15e jour

 

J’ai réalisé aujourd’hui que nous sommes à la moitié de l’expédition. Dans cinq jours je dois être de retour au château ! Je me demande si nous allons parvenir à notre but.

Ce matin, Maître Avari, Ulrich et moi-même sommes partis dans les Montagnes Mortes. En cours de route, nous avons fait une longue pause. Mon maître m’a encore entraîné à ouvrir mon esprit. Il pense que ce pourrait m’être utile face au dragon.

Les Montagnes Mortes, comme leur nom l’indique sont totalement désertes. Il n’y a ni plantes, ni animaux. Alors je me suis entraînée avec Ulrich. Il s’est porté volontaire et a promis de tout faire pour m’empêcher d’entrer dans son esprit.

J’ai eu du mal à me concentrer. Je ne voulais pas voir de chose intime qu’il aurait préféré me cacher. Mais très vite j’ai compris qu’il avait une grande force d’esprit pour me bloquer. C’était un peu comme une lutte, mais uniquement par la pensée.

Lorsque j’ai demandé à faire une pause, Maître Avari m’a donné deux conseils : essayer de l’avoir par surprise et me détendre au maximum. J’ai suivi uniquement le deuxième conseil et ça a très bien fonctionné. Jusqu’à présent Ulrich ressentait chacune de mes tentatives et pouvait les contrer. Mais en me relâchant, il n’a rien senti et a été très surpris quand je lui ai dit tout simplement « gagné ! »

 

Puis nous avons continué d’avancer dans les montagnes. Plus nous avancions et plus il faisait froid. Le terrain était aussi de plus en plus difficile. Ulrich nous guidé en fonction de ses souvenirs. C'est-à-dire que je décrivais tout ce que je voyais et en fonction de ça il nous disait d’aller à droite, à gauche ou tout droit. Plusieurs fois j’ai bien cru que nous étions totalement perdus. Je commençais à fatiguer et je voyais le soleil descendre.

 

Enfin Ulrich a dit

« C’est ici. Voyez vous des traces de brûlures quelque part ?

- Oui, j’en vois. [Là c’est moi qui parle] Sur ce mur il y a une longue trace noire. Ce doit être du à un feu. 

- Alors nous sommes à l’endroit où mon ami et maître Baldloi est mort et où j’ai moi-même perdu la vue. »

Je n’avais pas compris que c’était cet endroit que nous cherchions. Maître Avari qui a passé toute la journée penché sur un cahier même en marchant, a grommelé quelques mots et continué à écrire. Puis il nous a fais signe de le suivre.

Nous avons alors pris le chemin du retour.

Par Tiphanya
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Vendredi 27 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 14e jour

 

Ce matin Tinan est venu nous cherché. Ulrich est resté à l’auberge qu’ils ont trouvée.

En moins de deux heures à bonne allure, nous étions arrivés. Et cette fois-ci, j’ai traversé pour la première fois une grande ville.

 

Tlaloc m’a semblé être une ville immense, mais Tinan n’était pas d’accord. Nous avons fait tout le voyage l’un à côté de l’autre et il me commentait ce que nous voyions.

Avant d’arriver, nous avons croisé un bûcheron en bord de route. Sur un tronc d’arbre il avait planté ce qui me semblait être deux haches, tandis qu’il en avait une troisième en main. Mais en fait chacune des « haches » est très différente et a une utilité propre. Il y a la cognée, la doloire et la serpe. J’ai trouvé ça très intéressant et j’aurais aimé avoir le temps de m’arrêter pour discuter et en savoir plus.

 

Mais surtout tout est devenu beaucoup plus intéressant lorsque nous sommes entrés dans la ville. Les rues étaient très étroites et même sombres par endroit. Le sol était boueux et recouvert de paille. J’étais bien contente d’être à cheval. Les hommes ne semblaient pas être gênés et certaines femmes remontaient leur robe jusqu'aux genoux pour ne pas les salir. Par contre les enfants en profitaient en se lançant de la boue les uns sur les autres.

Les maisons étaient toutes petites et au rez-de-chaussée se tenaient les échoppes. Inutile de regarder par la vitre pour savoir de quoi il s’agit car chaque commerçant a une enseigne en bois ou en fer au dessus de l’entrée. Certaines sont très jolies et bien entretenues, tandis que sur d’autres on devine tout juste ce qui est représenté.

Sur une grande place, noire de monde, j’ai vu un spectacle qui m’a donné envie de vomir. Pourtant j’ai tout regardé et Tinan m’a tout expliqué. Régulièrement des chirurgiens barbiers se présentent dans les villes. Ils font savoir par un annonceur public le jour où ils recevront les malades, toujours sur la place la plus fréquentée et quand c’est possible, pendant le marché. Ils pratiquent sur leur patient une saignée, c'est-à-dire qu’ils lui font une entaille au bras pour laisser évacuer le sang porteur de la maladie. Puis ils font un rapide bandage sur l’entaille et le patient est renvoyé chez lui.

Bien que plusieurs médecins aient tenté de montrer l’inutilité d’un tel traitement, la saignée est très populaire chez les pauvres qui y voient l’ultime solution à leur souffrance. Et ultime est le mot exact, puisque selon Tinan la majorité des patients décèdent de leur saignée. Quelle horreur !

 

Finalement nous avons rejoint notre auberge, elle se trouve à la sortie de la ville, entre celle-ci et les Montagnes Mortes. C’est l’auberge de Celui-qui-est-né-deux-fois, un nom assez bizarre pour un lieu réputé pour le vin qui y coule à flot tous les soirs selon Tinan.

Ulrich s’est présenté comme étant un marchand itinérant, accompagné de trois personnes à son service. Deux chambres ont été réservées, officiellement une pour Ulrich et l’autre pour mon maître et moi-même. Tinan passe la nuit dans l’écurie avec les chevaux. Mais en réalité je dormirai seule, tandis que Ulrich et Maître Avari partageront une chambre. Car même si je me présente en garçon, en tant que princesse, je ne vais pas partager ma chambre avec un home.

Bon c’est un peu compliqué, mais je pense avoir réussi à me faire comprendre.

 

J’écris alors que nous venons de terminer notre dîner. Au début je craignais d’être ridicule en conservant ma capuche, mais la moitié des clients avait une attitude encore plus étrange. L’endroit est très bruyant et même de ma chambre j’entends certaines discussions. Je ne suis pas sûre de passer une très bonne nuit. Mais c’est toujours mieux qu’être à même le sol sous une tente.

Par Tiphanya
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Samedi 28 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 13e jour

 

Je suis toujours dans le Comté du Passage Serein avec Maître Avari. Nos deux compagnons ne sont pas encore revenus.

Aujourd’hui nous avons un peu travaillé sur les plantes, mais je me suis aussi entraînée à pratiquer un peu de magie.

D’abord j’ai communiqué avec un chat sauvage, ce qui n’a pas été des plus simples. Jusqu’à présent je n’avais travaillé que sur des animaux habitués à la présence de l’homme. Alors que là le chat a montré de la résistance lorsque j’ai voulu lui lancer un message. Pour y parvenir j’ai du me calmer et me détendre plus que d’habitude. L’idée est de rendre mon esprit plus léger et donc moins facile à repousser.

Ensuite j’ai déplacé quelques objets. Je n’avais pas fait ça depuis très longtemps. J’aime bien et c’est assez facile à faire. Mais comme je n’ai pas le droit de le faire en public et que j’ai toujours quelqu’un autour de moi, ça limite mes possibilités.

Enfin dernier exercice plus difficile : immobiliser un animal ! Comme je l’ai déjà écrit, je n’ai pas besoin de formule pour parvenir à mes fins. Tout vient de la concentration. Je dois me fixer à l’idée de ce que je veux faire et sur qui je veux le faire. Pour l’instant je ne parviens pas à bloquer un animal plus gros qu’une toute petite souris. Et là au milieu des bois, j’ai du m’entraîner sur des oiseaux. A chaque fois j’arrivais à bloquer leurs ailes, mais jamais plus.

Selon Maître Avari, je vais peut-être avoir à apprendre quelques formules pour donner du poids et de la force à ma magie. Ainsi pour immobiliser un animal et même un homme je dois dire « oddgzost » Enfin ça s’écrit comme ça et ça se prononce difficilement. Mais ça marche car dès que j’ai murmuré ses mots en me fixant sur un oiseau, celui-ci s’immobilisa et tomba comme une pierre. Je me suis précipitée sur lui, de peur de l’avoir tuer. Mais en lâchant ma concentration, l’oiseau a repris sa liberté et a pu s’envoler avant de toucher le sol.

 

Je ne souhaite pas que ma magie fasse du mal aux autres et j’ai donc refusé de continuer à immobiliser les oiseaux. Du coup, n’ayant aucun autre animal à proximité, nous avons arrêté l’entraînement.

Par Tiphanya
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Dimanche 29 janvier 2006

49e cycle, Année de l'ours, 6e lune, 12e jour

 

Enfin un peu de repos. Cet après-midi nous ne voyageons pas. Nous sommes dans le Comté du Passage Serein, à seulement deux heures de marche de Tlaloc, la ville du Comté des Frontières Nord.

Maître Avari préfère prendre son temps et faire en sorte de conserver au maximum notre anonymat. Il a envoyé Ulrich et Tinan devant pour qu’ils nous trouvent une auberge discrète et à proximité d’une route peu fréquentée se rendant dans les montagnes.

 

Mais avant qu’ils nous quittent, j’ai eu la peur de ma vie. Nous avons installé notre campement comme d’habitude. Nous nous activions tous et Tinan était parti chercher du petit bois.

Il y avait des bruits bizarres en provenance de la forêt. Mais bon c’est le cas tous les soirs, donc j’ai fait celle que rien n’impressionne. Mais Ulrich s’est arrêté. Il est resté immobile, à l’affût.

Et là j’ai entendu un bruit de course et des bribes de mots. Ma première pensée a été qu’un animal nous fonçait dessus alors qu’il était poursuivi par des chasseurs. Mais Ulrich a sorti son épée, alors je me suis posée des questions.

Et là, Tinan est arrivé. Il courait. Il semblait terrifié.

Tout de suite après, cinq hommes sont entrés dans notre clairière. En sortant des sous-bois ils se sont arrêtés. Tinan s’est réfugié derrière nous.

J’étais terrifiée ! Les hommes étaient répugnants. Ils avaient tous une petite arme blanche à la main. Trois d’entre eux avaient aussi une épée à la ceinture. Lorsqu’ils nous ont vu, certains d’entre eux ont eu un petit sourire. L’un d’entre eux avait un œil fixé sur nous tandis que le second regardait ses amis. Ils ont commencé à discuter entre eux, sans nous quitter du regard.

« Mais on a pioché le bon numéro !

- Tu as vu les chevaux, belles bêtes. On peut en tirer un bon prix.

- Il doit bien avoir quelques pièces a récupéré en prime... »

 

Ulrich nous a ordonné d’attraper une arme. Mon maître a sorti de sous ses vêtements un petit poignard et Tinan a ramassé un gros bout de bois. Je me suis sentie idiote car je ne voyais pas ce que je pouvais prendre. Ma dague était enveloppée sur la selle de Prestance, mais ma jument était trop éloignée.

J’étais tellement stressée que j’étais tétanisée. Maintenant que j’y pense, j’aurais pu appeler Prestance par la pensée et attraper sans trop de difficulté une arme.

Mes compagnons ont a peine eu le temps d’attraper leurs armes que les brigands se sont jetés sur nous.Ils s’étaient légèrement écartés les uns des autres tandis que nous nous étions regroupés.

Ulrich a attrapé ma main et m’a murmuré de rester derrière lui. Il voulait que je sois ses yeux. Tant mieux, moi je voulais qu’il me protège.

 

En nous attaquant, les cinq hommes se sont mis à hurler. L’affrontement a été violent et rapide. Les coups tombaient de tous les côtés.

Collée derrière Ulrich, je lui indiquais où se trouveaient nos agresseurs. Il nous a fallu quelques secondes pour nous accorder, mais ensuite chacune de ses frappes touchait au but. En retour il a reçu une éraflure à son bras non armé. Sa blessure était infime par rapport à ce qui aurait pu se produire.

A un moment Tinan était dans mon champ de vision. Il faisait des grands mouvements avec son bâton.  L’homme face à lui n’osait pas l’attaquer. Il se contentait de l’observer. Un deuxième homme s’est alors approché discrètement par derrière. J’ai voulu hurler pour attirer l’attention, mais les mots se sont coincés dans ma gorge.

Le poids du bâton a obligé Tinan à se tourner un peu. Du coin de l’œil il a vu son deuxième agresseur. Il a pris tout son élan pour lui foncer dessus, bâton en avant. L’homme s’est retrouvé coincé contre un arbre. Il ne tenait plus sur ses jambes.

 

Après ce coup, nos agresseurs ont commencé a reculé tout doucement. Il n’avait plus la supériorité numérique. Ils ont légèrement hésité sur la marche à suivre.

Mon Maître en a profité pour lancer son poignard. Il a atteint l’épaule d’un des hommes qui a dû lâcher son arme.

Le bruit de celle-ci contre le sol a été comme le signal du départ. Les brigands se sont tous enfuis dans les bois. L’agresseur de Tinan était soutenu par deux d’entre eux.

 

Au bilan, nous n’avions tous que quelques égratignures. Ce n’est pas totalement exact, car je n’ai absolument rien eu. Ulrich m’a protégé tout le temps. Je suis contente de ne pas avoir eu à me battre et de ne pas passer pour une lâche.

Par Tiphanya
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